2. Intervention de Jacques STRIBICK à l’Assemblée Générale d’ « Histoire et Patrimoine » du 10/02/18

Tout d’abord,
il faut souligner tout ce que les membres éclairés du Conseil d’Administration du Musée apportent d’IRREMPLAÇABLE à la ville de Saint-Etienne.
Je ne citerai que 3 exemples :
- la mise en exergue, par une considérable Exposition, d’une des caractéristiques urbaines de la ville,
à savoir : l’importance, la variété et la qualité de ses ferronneries de balcons.
- le sauvetage d’un des plus remarquables éléments de la Place Jean-Jaurès,
à savoir, la barrière Art Déco du Bassin
- le sauvetage, par mise en œuvre de la procédure de classement d’urgence, du bâtiment le plus photographié de Saint-Etienne,
à savoir, l’immeuble dit « la Martre de France », et plus précisément l’immeuble « PRENAT-SEAUVE »
Rajoutons, aussi,
l’exemple récent que votre Musée a donné en acquérant la sculpture
« Les frères pêcheurs » de José FRAPPA, financée en totalité par mécénat !

A partir de là, Quelles sont les raisons avancées
pour justifier la fermeture du Musée du Vieux Saint-Etienne ?

> Il y aurait un problème financier.
Nous savons que la ville de Saint-Etienne n’est pas riche, les impôts des contribuables doivent être gérés avec rigueur.
Toutefois, aucun Musée ne peut exister sans subvention
En l’occurrence, il s’agit ,pour les frais de fonctionnement, de 70.000 euros
N’est-ce pas peu de chose par rapport au budget des Affaires Culturelles de la Ville de Saint-Etienne ?

Alors que le Musée du Vieux Saint-Etienne fonctionne avec de nombreuses heures de bénévolat, qui peut croire qu’une municipalisation coûtera moins cher à la ville ?.
Au demeurant, une association peut et doit adapter son budget aux ressources dont elle dispose.
Ce n’est donc pas une raison pour fermer un Musée.

> Il s’agirait d’asseoir le statut d’une seule personne.
Cette question devrait pouvoir trouver une solution dans le cadre des centaines d’arbitrages que rend la Ville chaque année dans ses effectifs.
Une question aussi circonscrite ne peut justifier la fermeture d’un Musée.

> Il y aurait à Saint-Etienne assez d’Eco Musées.
En effet nous disposons de deux grandes structures le Musée de la Mine et le Musée d’Art et d’Industrie,
et dans une moindre mesure, le Mémorial de la Résistance et le Conservatoire des meilleurs ouvriers de France.
Mais, les deux grandes structures précitées ont des vocations précises concernant l’histoire industrielle et les techniques qui ont été développées par les activités minières, armurières, rubanières, et du cycle.
la vocation du Musée du Vieux Saint-Etienne est beaucoup plus large. Nous y reviendrons tout à l’heure.
Si la coordination entre les 3 Musées est nécessaire
la mission de chacun est complémentaire par nature

Parce que cette complémentarité est précieuse, il ne faut pas fermer le Musée.

> Il y aurait une démotivation des adhérents.
Et bien, ce n’est certes pas avec l’énumération d’un constat négatif, si tant est qu’il soit fondé, qu’on va pouvoir modifier cet état de chose, mais par des projets et en ouvrant des perspectives.
Il n’y a toujours pas là lieu, et bien au contraire de fermer le Musée.

> Enfin, et pour ne pas rallonger la litanie, il est dit que les stéphanois, ne s’intéressent pas au Patrimoine.
Ô le bel argument et ô la belle réponse qui consiste à fermer le Musée dont la vocation est essentiellement de réveiller la mémoire des stéphanois et leur conscience collective.

Mais, il y a plus
En raison de la différence radicale d’ « objet » entre les 2 musées des Techniques et un musée des Histoires, En raison de la dissemblance tant dans l’esprit que dans la méthode, la fusion, « l’absorption de fait », ne pourra produire que désintérêt, démotivation et malaise…

Mais, il y a plus
Et là, il faut se référer à la pénétrante analyse que vient de produire Jean-Claude MONNERET sur le quartier St ROCH, que chacun a ressenti comme s’appliquant à la ville elle-même Si nous n’avons pas la possibilité d’accueillir notre Histoire, notre Culture, nos Richesses, Comment aurons-nous la possibilité d’accueillir ceux qui viennent vivre chez nous, avec Leur histoire et Leur culture ? Or, chaque fois qu’il y a une rupture entre un peuple et son système de valeurs, les choses dégénèrent.

Mais, il ya plus
Veut-on écrire un Nouveau Projet pour le territoire et pour ses habitants, ?
c'est-à-dire se projeter, se mettre en position d’oser, ?
cela exige estime et confiance en soi
veut-on être en capacité de réinventer ?
il faut avant tout redonner dignité et fierté aux stéphanois.

Si l’on renonce à cette perspective , la meilleure méthode est de vouloir ressembler à tout le monde, de niveler, de supprimer les signaux les plus originaux de la ville. Mais si, au contraire, cette perspective nous parait désirable, le musée est un formidable outil pour interroger notre mémoire collective, permettre aux gens de se réapproprier leur identité, les Lieux de leur Histoire. C’est une façon de reconnaitre les Hommes et les Femmes d’ici, de saluer leur valeur, et de dire que leur Histoire vaut celle des rois !

Et cette Histoire, c’est celle de nos Chroniques, de nos spécificités : en Art, en Littérature, les Chansons, les Coutumes ; les Objets et Monuments Remarquables. Celle aussi, celle surtout des Stéphanois célèbres, Et là, comme ailleurs, l’Histoire avance, hier c’était les Géniaux MASSENNET, FOURNEYRON, BRIAND… Aujourd’hui ils s’appellent JACQUET, LAVILLIERS, GAGNAIRE, ROBIN, Saurons-nous, les uns comme les autres, les servir pour mieux nous servir, ou les oublier pour notre propre oubli ?

Certes la France change, Saint-Etienne change, mais ce qui ne change pas c’est le besoin de Saint-Etienne d’être connue et reconnue. Le Musée du Vieux Saint-Etienne doit y contribuer. Il le peut. Car, lui seul, a la vocation de présenter un récit de Saint-Etienne, un récit de l’Hier, un récit de l’Aujourd’hui, un récit stéphanois continu, incarné et global.

Voyez-vous, cette réunion m’en rappelle une autre.
Nous étions le 11mai 2005, 600 personnes sont rassemblées dans la grande salle du Centre des Congrès, invités pour écouter, vidéo à l’appui l’exposé du projet de Cité du Design
Finalement, cette présentation a réussi la prouesse d’aborder, de façon souvent détaillée, les différents aspects du projet, sans prononcer le mot « démolition »
Une manière de faire passer la décision de raser les Châteaux des directeurs, les écuries, les jardins et la Cour d’Honneur de la Manufacture Impériale d’armes de Saint-Etienne.

2 interventions, pour glorifier le projet, ont fait forte impression :
- Celle du Directeur de l’Ecole d’Architecture de Saint-Etienne, mais oui de l‘école d’architecture, à la suite de cette prestation, il a connu une brillante nomination de Directeur à la Métropole de Saint-Etienne
- Une autre, honnête et touchante, celle d’un ancien Manuchard, qui, ébloui par la Magistrale image de synthèse de l’Architecte GEIPEL, rêvait de sa Manufacture embellie, magnifiée.
Il nous faisait partager sa vision : une vision étoilée, d’un Château à la Walt Disney
Depuis, amer, il a rejoint les rangs des déshérités de la Manufacture

Or, à l’époque, ARCO avait recueilli, aidée par votre Association, 6 000 signatures dans une pétition qui dénonçait ces démolitions.
Ainsi, aujourd’hui, les seuls qui peuvent légitimement se plaindre de l’état des lieux, sont ceux qui ont manifesté au bon moment leur opposition.
Les autres mécontents, qui se sont tus, n’ont qu’à continuer à se taire.
Mais, hélas, comme nous avons pu le constater, une pétition ne s’impose à personne.

En revanche, ici,
il s’agit de votre Association, de votre Musée,
votre Assemblée est délibérante, « c’est vous qui décidez ».
Personnellement, je voterai contre la proposition qui nous est faite, non pas par esprit d’opposition,
mais, j’espère que vous l’aurez compris, pour ouvrir de nouvelles perspectives.


 

Page précédente / Retour / Page suivante

Sommaire
1 / 2

Page d'acceuil