6. Enquète publique : les observations

 

6.1 Les grandes orientations
La loi n° 2000-1208 du 13/12/2000 relative à la solidarité et renouvellement urbain (S.R.U.) dispose que les P.L.U. doivent comporter les orientations prévues quant au renouvellement urbain et les règles d'urbanisme afférentes.

Les deux éléments qui vont profondément modifier l'urbanisme stéphanois dans le moyen terme sont d'une part le projet Saint-Etienne 2015 mis en œuvre par l'établissement public (EPASE) et d'autre part la mise en place des Z.P.P.A.U.P. centre-ville .

Or, le P.L.U. ne comporte pas de mention visant la mise en place de l'établissement public d'aménagement de Saint-Etienne et ne communique pas le périmètre des Z.P.P.A.U.P. centre-ville pourtant établi.

 

6.2 Améliorer l'usage piétonnier
Il est précisé dans le rapport de présentation, volume 1, page 181 et volume 2, page 81, que l'objectif est de «  favoriser la qualité des cheminements en hyper-centre »

Objectif effectivement essentiel mais pour lequel les modalités de réalisation ne sont pas précisées.

Dans cette perspective, l'enjeu majeur est d'apporter une solution de continuité entre les zones piétonnes situées au nord et celles situées au sud de l'avenue de la Libération.  
La récente implantation de la courte 2 ème ligne de tram a eu pour effet, à l'inverse, de consacrer la rupture piétonnière entre les 2 zones.
Pourtant, l'espace piétonnier stéphanois ne pourra prendre sa dimension d'espace de balade, d'animation commerciale et donc d'attractivité que lorsqu'une solution sera trouvée à ce problème qui vient d'être fâcheusement amplifié.

 

6.3 Connexion tram/train
Il est précisé au rapport de présentation, volume 2, page 79, que «  l'infrastructure ferroviaire doit être connectée aux 2 lignes de tram »

Cette affirmation est posée dans un registre dogmatique puisque aucune explication quant à l'intérêt de cette connexion n'est apportée.

En fait, Saint-Etienne bénéficie d'un tracé ferroviaire d'ores et déjà parfaitement liaisonné avec celui du tram puisque celui-ci passe à Bellevue (terminus sud du tram), à Tarentaize (proche de l'hyper-centre) et à Carnot (qui comporte un arrêt de tram) et bien entendu à Châteaucreux.

Ainsi donc, on voit mal l'intérêt de faire pénétrer dans l'hyper-centre de Saint-Etienne (rue Gambetta, boulevard Victor Hugo, place du Peuple, avenue de la Libération ) des véhicules de type ferroviaire principalement conçus pour le périurbain.

De plus, cette perspective est en opposition avec l'objectif cité au point précédent.

 

6.4 Réhabilitation des quartiers
Il est indiqué au rapport de présentation, volume 2, page 37 que les secteurs Jacquard, République – Chappe – St Roch doivent bénéficier d'une «  réhabilitation de fonction résidentielle  »

En effet, ces quartiers correspondent au projet d'intervention de l'établissement public sans que cette précision essentielle ne soit donnée dans le P.L.U.

Pour ce qui concerne les objectifs de cette réhabilitation, les mots : qualité, attractivité, développement économique, ne sont pas cités mais seulement celui «  d'aération  »

Comme l'on sait, le phénomène conjugué du vieillissement de la population et de l'hémorragie démographique que subit Saint-Etienne sont à l'origine de la dégradation des quartiers centraux.
En revanche, la cause primordiale de cette hémorragie n'a jamais été honnêtement analysée ou désignée.

Peut-on espérer que la simple «  aération  » de ces quartiers puisse être suffisante pour faire revenir une population partie s'installer dans des zones en développement comme la plaine du Forez, la Haute-Loire , le Rhône, le sud de la France … ?

Sur cette question fondamentale, le P.L.U. reste muet.

 

6.5 La Manufacture Impériale
Le processus d'anéantissement de ce site remarquable, dont on sait de plus qu'il s'est déroulé dans des conditions illégales pointées par le tribunal administratif, vaut également pour la question de la végétalisation .

Il est indiqué dans le rapport de présentation, volume 2, pages 27 et 43, 2 la nécessité de «  végétaliser ce site, pour le moment très minéral  »

Si les mots ont un sens, on ne peut décrire une orientation plus absurde. En effet, la végétalisation de l'ensemble avait été conçue pour sa fonction « d'usine-institution »
C'est ainsi que des arbres centenaires existaient sur la cour d'honneur, la place d'armes, autour des « châteaux » des directeurs, dans leur parc et en bordure de site.

Or, à la suite d'un récent déclassement de ces espaces boisés classés, ces arbres de grand volume ont été abattus. Une nouvelle campagne d'abattage est du reste prévue sur ceux subsistant dans les jardins suspendus situés le long de la Grand 'Rue.

Dans ces conditions, la décence intellectuelle demande à ce que cette phrase soit retirée.

 

6.6 Patrimoine
Dans le rapport de présentation, volume 2, page 209, il est indiqué qu'est annexée à ce rapport «  une liste répertoriant les éléments significatifs du patrimoine stéphanois  »

Si l'intention est bonne, il conviendrait de préciser la démarche. En effet, il est également indiqué que le but de cette liste est de «  permettre une attitude de vigilance vis-à-vis de permis de démolir  »

Or, lorsque l'on connaît la nature du patrimoine stéphanois, on ne peut ignorer que son importance provient beaucoup plus de la cohérence du bâti dans de nombreux quartiers, et notamment du bâti populaire, que de la singularité monumentale.
Aussi, ce type de désignation par objets architecturaux ponctuels aboutira à ce que les immeubles situés de part et d'autre de l'objet ainsi désigné, seront exclus de toute réflexion alors que c'est bien l'ensemble dans lequel s'inscrivent ces objets architecturaux qui, dans la plupart des cas, a une valeur patrimoniale certaine.

L'exemple du secteur Elise Gervais/Pierre Bérard est, à cet égard, significatif. En effet, dans cette rue Pierre Bérard, sont indiqués comme intéressants les immeubles d'un côté de la rue, ceux de l'autre côté sont ignorés.
Or, cette ancienne rue de Lyon a une même vocation d'accès et une même cohérence architecturale due à l'usage mixte des immeubles : artisanat/habitat. Démolir les immeubles d'un côté de la rue entraîne la perte de valeur du sens et de la qualité architecturale des immeubles situés de l'autre côté.

De plus, et cela rejoint la question de la végétalisation, les immeubles menacés comportent des micro-jardins où sont installés des arbres de haute tige qui apportent précisément une aération non pas de principe mais d'usage à des bâtiments existants.

Comment peut-on poser « une aération » comme un principe dans l'évolution des quartiers où interviendra l'établissement public et supprimer cette aération dans un quartier où elle existe déjà ?

Par ailleurs, on ne peut pas non plus accepter l'absence de citation du site du Gouffre d'Enfer, ensemble paysager de grande valeur, fort apprécié du public et à la dimension patrimoniale évidente.

 

6.7 Sur-hauteur des immeubles
La question des sur-hauteurs est à rapprocher de la réflexion précédente concernant la notion de cohérence des ensembles bâtis à valeur patrimoniale.

Or, on observe dans le plan des hauteurs de nombreuses sur-hauteurs incompatibles avec la conservation de cette cohérence dans les quartiers anciens.
Prenons l'exemple de la place de l'Hôtel-de-Ville/rue Wilson où va pouvoir s'édifier un immeuble avec 2 étages de dépassement sur les immeubles les plus hauts environnants.

Une attention particulière doit être apportée au classement de la hauteur accordée à l'emplacement de l'actuel parking des Ursules, cette hauteur indiquée est de 19 mètres .

Or, ce parking, considéré par tous les Stéphanois comme une forme de blockhaus, ayant supprimé la perspective exceptionnelle sur la colline des Pères, va prochainement voir sa concession arriver à échéance.
Des projets sont déjà envisagés.
Dans la mesure où le P.L.U. prétend accorder une importance au fonctionnement piétonnier de l'hyper-centre, il se doit de rétablir le système de place triple (places du Peuple, des Ursules, Waldeck Rousseau) lequel, avant l'installation de ce malencontreux parking des Ursules, constituait, avec le duo place de l'Hôtel-de-Ville/place Marengo, le lieu de la plus grande attractivité pour l'hyper centre-ville.

Il semble inimaginable que l'on puisse envisager la démolition de ce volume encombrant pour y installer un volume de plus grande ampleur entraînant de ce fait la disparition totale de la vision de la colline des Pères et de l'école des Beaux-Arts (architecte BOISSON).

Pour cette raison, cette mention de 19 m doit être supprimée et remplacée par celle de restitution de la place des Ursules.

 

6.8 Conclusion
L'association ARCO, agréée au titre de l'urbanisme pour la commune de Saint-Etienne, considère que l'utilité publique du projet de P.L.U. sera avérée dans la mesure où les principales réserves émises seront prises en considération.

Saint-Etienne, le 30 avril 2007

 

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