LA GRANDE ILLUSION

 

Les fêtes de fin d'année ne sont pas passées et déjà les Stéphanois ont la gueule de bois.
Le jury de présélection au titre de capitale européenne de la culture 2013 s'est prononcé, vite.
La déception est énorme, à la mesure de la communication intra muros flamboyante dispensée par la municipalité.
Mais, pour ceux qui observent la donne culturelle stéphanoise, si la tristesse est là, il ne saurait être question de surprise.
Le pire, c'est que Lyon la méchante, Lyon l'hautaine, Lyon avec qui, comme Tartarin, nous avons courageusement refusé de nous associer, Lyon est sélectionnée.


Peut-on raisonnablement en être étonné ?

Lyon disposait d'un quartier ancien autour de la primatiale Saint-Jean, les élus d'alors avaient prévu de le remplacer par un quartier neuf ; les associations se sont manifestées, fortement et finalement leur opinion a prévalu, l'option de la restauration a été privilégiée. Un changement municipal aidant, un traitement intelligent de ce quartier a été réfléchi avec la mise en place de 60 conventions de cour-traboules.
Le fruit magnifique, de cette démarche attentive et discrète fut le classement de Lyon au patrimoine mondial de l'humanité par l'UNESCO.
A Saint-Etienne, on a remplacé, à Bellevue l'hôtel particulier PUPIER par une supérette, la grande chapelle de l'hôpital par un bâtiment anonyme, la maison Peurière bientôt par un parking et aujourd'hui encore on souhaite démolir la cohérence architecturale de deux des rues les plus typiques de l'hypercentre ville, Pierre Bérard et Elise Gervais.

La majorité municipale en place a inauguré son action culturelle en supprimant «  les Rencontres Cinématographiques  », manifestation qui avait rencontré à la fois une forte adhésion populaire des Stéphanois et obtenu une audience à l'internationale. Ressentant le vide ainsi créé, nos élus ont improvisé un énigmatique «  festival de la jeunesse  » qui, fort heureusement, ne dura qu'une édition. Toujours aussi entreprenante elle initia avec autant de naïveté un festival du cinéma qui, lui aussi, ne fit pas long feu.
Bien plus récemment, imaginé par des cerveaux parisiens et, cette fois, avec des moyens considérables (2,2 millions d'euros) furent réalisées les ésotériques et absconses «  Transurbaines  », thème tellement subtil et hermétique que ni à Saint-Etienne, ni bien sûr ailleurs,  l'enthousiasme ne fut au rendez-vous.
En fait le but de l'opération n'était pas là, il s'agissait d'un festival organisé à la grande gloire de la vision urbanistique du maire.
Cependant Lyon, s'appuyant sur une dévotion populaire ancienne, engrange au fil des années une notoriété désormais européenne autour de sa Fête de la Lumière.

Pour ce qui est du monumental,
Lyon conserva soigneusement son grand théâtre XIXème appelant le créatif architecte Jean NOUVEL pour revisiter sa partie sommitale.
Lyon encore disposait d'un vaste édifice abandonné par le marché couvert signé de l'architecte Tony Garnier, vu d'ici il aurait été jugé sans grand intérêt mais à Lyon il fut restauré dans son authenticité, aujourd'hui il est le haut lieu des manifestations majeures qui se déroulent sur cette ville.

A Saint-Etienne nous avions aussi un grand hall infiniment plus symbolique et plus médiatique puisqu'il s'agissait du grand hall de Manufrance. Nom à la réputation mondiale. Et bien qu'advint-il ? Exit le grand hall, on y installa au forceps une école de commerce qui aurait été bien plus à l'aise dans un bâtiment contemporain. Et pourtant ce grand hall constituait le lieu ô combien idéal pour accueillir les collections du Musée d'Art et d'Industrie dont la bâtisse, en tout état de cause, devait être restaurée. Et bien non les belles collections sont restées en place et la fréquentation est également restée intimiste (40 000 visiteurs par an).

Manufrance étant neutralisée, il ne subsistait à Saint-Etienne qu'un seul monument d'intérêt national éminemment emblématique : ce n'était pas un palais pour un Dieu, c'était un palais industriel, mais c'était aussi un univers : « quand on débouche sur l'espace ordonné de la place d'Armes et de la Cour d'honneur, que l'on parcoure ses rues rythmées par les arcades, puis, traversant les cours secrètes au porche à fronton, que le regard s'étale sur les parcs centenaires dominés par châteaux et pavillons, d'un coup,
on est plongé dans l'atmosphère palpitante du Second Empire. » C'était la Manufacture Impériale.
En donnant au public les éléments d'interprétation, elle pouvait accueillir, comme les Salines d'Arc-et-Senans, quelques 175 000 visiteurs par an. Au lieu de cela, illégalement, précipitamment, le maire fit effacer à coup de bulldozers ses châteaux et pavillons,
sa cour d'honneur et enleva définitivement sa cohérence et le sens même du monument.

Pour nos artistes universellement reconnus,
les Laget, Combas, Favier et bien d'autres, n'ont jamais été réellement mis en exergue, Muriel Robin, elle, a été reçue du bout des lèvres même si finalement on lui a remis une médaille, quant à Gagnaire, le génial Pierre Gagnaire, on ne leva pas le petit doigt pour le conserver à Saint-Etienne, il eut droit au seul épitaphe : «  Je ne vais tout de même pas faire des efforts pour un restaurateur qui vend ses menus à 500 francs alors que mes petits écoliers ne peuvent pas payer leur repas de midi à 5 francs  » fermer les guillemets et aussi fermer les bans.

Ici se trouve la clé du résultat d'une esbroufe que cette municipalité a porté à son sommet en imaginant pouvoir être Capitale Européenne de la Culture.

L'illusion est morte, hélas !

 

 

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