18. Le Monde : A Saint-Etienne, les ratés de la manufacture impériale


Vendredi 11 mai 2007

 

A Saint-Etienne, les ratés
de la manufacture impériale

Un monument Historique protégé partiellement détruit

Imbroglio à Saint-Etienne (Loire). La deuxième chambre du tribunal administratif de Lyon a annulé, le 29 mars, la décision du ministère de la culture de refuser de protéger au titre des Monuments historiques, la Manufacture impériale de Saint-Etienne. Son instance de classement pourrait être de nouveau à l'ordre du jour. Hélas, entre-temps, une partie des bâtiments ont été détruits à la demande du maire de la ville, Michel Thiollière (UMP), président de Saint-Etienne Métropole et l'un des noms qui circule pour occuper le fauteuil du ministre de la culture.

Ce dernier entendait implanter dans sa ville un ambitieux Centre du design - ce que personne ne conteste. Un site est retenu : l'ancienne Manufacture impériale, bel ensemble architectural construit sous le Second Empire, et largement sous-employé depuis qu'il n'est plus un centre de production militaire. Un concours d'architecture est lancé. En juin 2004, le lauréat est désigné : Finn Geipel, architecte berlinois. Ce dernier propose de raser les deux logements des directeurs, les deux édifices administratifs et la cour d'honneur pour installer à leur place un édifice de 220 mètres de long. Tollé chez les protecteurs du patrimoine architectural. Il s'ensuit alors une course-poursuite entre des associations locales, désireuses de conserver les édifices menacés, et la mairie, discrètement appuyée par l'administration, comme le prouve le programme du calendrier.

Le 22 novembre 2004, l'association ARCO réitère auprès de la direction régionale des affaires culturelle (DRAC) une demande de classement de l'ensemble de la Manufacture et donc la saisie de la commission régionale du patrimoine et des sites (CRPS). Le 7 décembre, la DRAC refuse d'inscrire le dossier de la Manufacture à l'ordre du jour de la CRPS. Le 23 mars 2005, un référé suspension est introduit par ARCO contre le refus du directeur de la DRAC. Le 9 juin 2005, la protection de la Manufacture impériale est finalement mise en discussion devant la CRPS qui décide de sa protection. Mais celle-ci n'est pas entérinée par le préfet de région. Le 21 juin 2005, le permis de démolir est délivré. Le lendemain, le juge des référés estime que "la condition d'urgence (...) ne peut être regardée comme remplie" . Or, le même jour, les bulldozers entreprennent la destruction des bâtiments visés par la mairie. Comme si rien ne s'était passé, le 18 juillet 2005, le préfet entérine la protection de la Manufacture impériale, proposée par la CRPS.

85 % des bâtiments sont préservés rétorque la municipalité. Sans doute, mais l'ensemble regroupait sur un même site, avec une très forte unité architecturale, trois fonctions : habitation, administration et production, or deux d'entre elles ont disparu. Le projet de l'architecte Rudy Ricciotti, écarté lors du concours, prouvait pourtant que la Cité du design aurait pu cohabiter avec l'intégralité de la Manufacture impériale.

EMMANUEL DE ROUX

 

 

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