4. Patrimoine industriel et modernité, le faux débat


4.1 Les enjeux du patrimoine industriel
Dans son ouvrage « Patrimoine industriel », Emmanuel de ROUX aborde les questions essentielles, en voici quelques extraits :
« Fuck the context », l'axiome terroriste de REM KOOLHAAS, l'architecte hollandais responsable d'EURALILLE, est à ranger au rayon des paradoxes usés d'avoir trop servi.

Faut-il détruire sans état d'âme au nom d'un avenir nécessairement radieux ?

La présence d'un patrimoine doté d'une épaisseur historique est justement une marque, un point d'ancrage qui facilite l'intégration et les mutations sociales. A contrario, on mesure l'effet désastreux de l'urbanisme sans repère mis en place au cours des Trente Glorieuses.

Création contre patrimoine : ce conflit reflète une réalité très ancrée en France où se conjuguent l'inculture architecturale de nos concitoyens même parmi les mieux armés sur le plan intellectuel et le culte exacerbé d'une modernité qui excuse tous les dérapages.

Qu'il s'agisse d'usines, de halles ou d'entrepôts, ces bâtiments ne sont pas seulement des supports de mémoire, de la matière ethnologique ou des prouesses techniques, ce sont aussi tout simplement des monuments dont la vision nous procure une émotion esthétique souvent considérable.

 

4.2 Patrimoine contre modernité : qui l'emportera à Saint-Etienne ?
Patrimoine contre modernité. Voilà un débat vaste. Toutefois, si on l'aborde dans sa généralité, peut-il conserver encore un sens ? De même, quel intérêt y aurait-il à ouvrir un débat du type : les hommes contre les femmes.

Néanmoins, un penseur de l'architecture comme Jean NOUVEL formule une bonne approche sur le sujet :
«  Je suis un contextuel : toute la question actuelle oppose la proposition d'architectures autonomes parachutées à la proposition de ceux qui prennent mesure de celles qui les précédent. J'appartiens à la 2 ème catégorie, ceux qui sont contre les objets célibataires  »

Et en effet, comment un acte architectural important peut-il légitimement se déconnecter de tout tissu historique, social et environnemental ? Le drame de « L'enfant sauvage » de François TRUFFAUT est de se trouver propulsé dans le monde des hommes sans avoir bénéficié d'aucun apprentissage relationnel.

Ainsi, le débat patrimoine contre modernité pourrait-il être considéré comme un simple non sens puisque la modernité ne peut elle-même débarquer, tel un OVNI, exsangue de toute Culture ; Culture, dont le mot patrimoine est synonyme.

Revenons à Saint-Etienne.
L'opposition entre les 2 termes patrimoine et modernité est ici inexistante. Les associations qui militent pour la promotion de la ville applaudissent sans réserve au choix de l'architecture puissante de Norman FOSTER pour un futur zénith. Ces mêmes associations, quoique le positionnement du projet reste flou, comprennent que l'expérience d'un Centre stéphanois du design puisse être tentée.

Il n'y a donc pas débat à propos du centre du design de Saint-Etienne mais seulement une profonde stupéfaction :
voici qu'après 150 ans d'incognito militaire, la Manufacture Impériale s'offre à la ville de Saint-Etienne comme un ensemble architectural unique en France.

Or, avant même qu'une réflexion n'ait été engagée sur la potentialité médiatique et économique de ce site majeur, un cahier des charges hâtif impose à des équipes architecturales d'en détruire la signification.

Le dilemme était-il entre le centre stéphanois du design et une Manufacture Impériale intacte ?
Pas du tout.
En effet, le site du GIAT, qui incorpore celui de la Manufacture Impériale, beaucoup plus vaste que ce dernier, a été lui-même démoli. Or, le foncier ainsi dégagé représente plus de 2 fois la surface de la Manufacture Impériale elle-même.
Aussi, les stéphanois ne peuvent-ils pas comprendre, au vu de tout l'espace disponible, les destructions envisagées.

Mieux encore, dans une situation d'extrême visibilité, à l'entrée même de l'agglomération, 17 ha sont disponibles en face du musée d'art moderne de Saint-Etienne.
Peut-on imaginer emplacement plus idéal pour y développer une architecture signal propre à soutenir l'ambition métropolitaine d'une cité du design ?

Ainsi, à Saint-Etienne en tout cas, le débat patrimoine contre modernité reste surréaliste. Saint-Etienne n'a pas été construite sur une ville gréco-romaine, la surface occupée par des édifices Renaissance ou classiques est plus que modeste, il n'existe ici aucune pression foncière.
Finalement, la vraie question qui doit être formulée sur le cas stéphanois est : quelle justification peut-on apporter à la mise en cause du Bien Commun ?

Jacques STRIBICK
Délégué général arco
01/09/2004

 

4.3 Des reconversions réussies, la constante du respect
La réhabilitation par Bernard REICHEN et Philippe ROBERT de l'ancienne chocolaterie MENIER à Noisiel.

Egalement par les architectes Philippe ROBERT et Bernard REICHEN, la halle Tony Garnier à Lyon transformée en espace d'exposition.

La manufacture de Châtellerault, en partie consacrée à l'installation du Centre d'Archives de l'Armement, un centre de formation d'adultes et d'apprentis, un musée local de l'automobile, des entreprises privées.

La transformation de l'ex-usine LU en Lieu Unique à Nantes par l'architecte Patrick BOUCHAIN

L'aménagement de la « Brasserie des Trois Moulins » à Lille par les architectes Philippe LOUGUET et Thierry BARON

La « Ferme d'En-Haut » à Villeneuve-d'Ascq restructurée par Xavier BOUFFART et Jean-Luc LECLERCQ

L'ancienne filature « Leclercq » à Lille muée par les néerlandais de l'agence NOX

Mais aussi le centre historique minier de Leward, l'ascenseur à bateau de Fontinettes à Arques, l'ancienne usine LEBLANC à Lille…

A Londres, la Bankside Power Station, ancienne centrale électrique à fioul, devenue la nouvelle Tate Modern.

A Völklingen, en Sarre, l'ancienne usine sidérurgique implantée en centre-ville, où une grande partie des machines sont encore en place, vient d'être inscrite par l'UNESCO sur la liste du Patrimoine mondial.

 

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